“Sais-tu sur quoi repose l’unité du Kjarrdom, petit ? Sur la Brevhald ! Derrière ce nom se cache aucune confrérie de guerriers, de mages ou de religieux mais des messagers ! Des gens comme nous qui parcourront tout le continent pour transmettre les messages, les ordres et les directives. Sans nous le Kjarr ne peut diriger ses troupes, sans nous les lois ne seraient jamais appliquées au-delà de la capitale, sans nous l’Empire aurait sombré dans le chaos depuis longtemps…. Soit fier d’être Brevtheng, tu tiens l’un des rôles les plus important !”

Je revois encore Albert, mon vieil instructeur de l’école, qui me rabâchait ce discours dès qu’il en avait l’occasion. Je doute que la Brevhald a des Brevthengs plus zélés que lui et plus expérimentés, en tout cas selon ses dires. Au cours de sa longue carrière, il a parcouru de long en large Aërra connaissant ses merveilles mais aussi ses dangers, certains affirment qu’ils fanfaronnent mais personne n’oserait le lui dire en face. Vantard ou pas, c’est lui qui m’a tout appris en tant que Brevtheng.

En première affectation j’ai été envoyé à Varnès, un hameau pas bien grand ayant subi les ravages de la guerre si j’en crois nos rapports. Il est situé à l’ouest du Kjarrdom près de la nouvelle frontière avec Poctir. Une fois sur place, celui-ci présente un aspect particulier : les ruines se mélangent avec les bâtisses récemment sorties de terre. Ce constat, renforcé par les échanges avec les riverains, m’ont confirmé qu’avant la Guerre Civile, Varnès était beaucoup plus grand et peuplé mais que le conflit a tout détruit.

A la Brevhus, mon nouveau lieu de travail, j’ai rencontré mon supérieur : le capitaine Jean, un homme âgé d’une quarantaine d’années, portant les stigmates de la guerre dont il a été soldat. Bourru mais sympathique il m’a vite expliqué que Varnès est très tranquille et sans grande animation. Je l’ai vite constaté par moi-même, la petitesse du bourg et sa position dans le réseau de la Brevhald en “cul-de-sac” n’apporte pas beaucoup de messages et colis a géré pour les Brevtheng. En bref, on s’ennuyait vite.

On passait le temps comme on pouvait : entretien de la Brevhus, revérifier encore et encore l’administratif, jeux de cartes, de dés…. Jusqu’à un beau jour où l’on vient nous prévenir du décès du vieux Geoff ! C’est bizarre d’être excité par un décès, mais… enfin de l’animation ! Oui c’est triste mais bordel, ça fait un mois que je suis en poste et la chose la plus palpitante qui me soit arrivé est d’avoir aidé la voisine à retrouver son chat. Là il va y avoir des avis de décès a envoyer donc enfin du travail !

Malheureusement le vieux bougre n’avait pas beaucoup de famille dans le coin, donc cela va se limiter a transmettre un message à la Brevplatz d’Erhald, un bourg situé à deux jours à cheval, d’où nos collègues pourront transmettre vers les autres régions du Kjarrdom. Le capitaine a donné son accord pour que je m’en charge et je pris le plus vite possible la route excité d’avoir un peu d’action. Le voyage d’aller et de retour se déroule sans encombre et sans péripéties et me voilà vite de retour, après seulement quatre jours, dans l’ennui de mon quotidien. Il n’y a plus qu’à attendre un nouvel événement, pourvu que ça soit pas un décès cette fois.

Et bien je n’ai pas eu à attendre longtemps, seulement quelques jours. Une jeune femme nommé Emily se présente au village, elle est la petite fille de Geoff et vient se recueillir sur sa sépulture ainsi que récupérer ses affaires dans sa maison.

Le lendemain, comme tout les matins, je réalise mon tour quotidien du bourg, initialement dans l’idée de récupérer les éventuels messages des riverains mais maintenant c’est plus une excuse pour me dégourdir les jambes et prendre l’air. En passant devant la masure du vieux Geoff, je m’arrête un instant et, pour une raison que j’ignore, repense à cette jeune femme : j’espère qu’elle s’en sort avec tout le bric-à-brac accumulé par le défunt, je devrais lui proposer mon aide ce n’est pas comme si j’étais très occupé. Je m’avance pour frapper à la porte quand celle-ci s’ouvre sur une Emily surprise et visiblement perturbée.

“Ah ! Vous tombez à pic ! Entrez !” me lance-t-elle en reculant pour me laisser passer. Surpris j’obéis.

A l’intérieur on voit clairement là où elle a commencé à ranger méthodiquement et là où les affaires de Geoff n’ont pas encore été dérangé, c’est à dire dans un vrai capharnaüm. Au vu de l’avancée elle a dû s’y mettre tôt ce matin.

“Je savais que grand-père aimé accumulé toute sorte de chose mais au point de créer un tel bazar… Excusez moi, j’aimerais que vous regardiez à l’intérieur de cette sacoche” dit-elle en désignant la table où repose effectivement un tel objet, “je… ne sais pas ce que c’est mais… ça doit être important…”

Intrigué je m’approche et ouvre l’objet trouvant à l’intérieur une enveloppe. Je la sors et l’observe, elle semble luire légèrement d’une lumière dorée, le sceau pourpre qui l’a cachète est d’une héraldique bien connue comme celle du culte impérial. Je l’a retourne et trouve quelque chose d’encore plus intriguant, une inscription en lettre d’or disant :

“Pour le Kjarr Mandred Heimer”.

Mon cerveau travaille à vive allure, écartant une à une toutes les possibilités pour ne pas avoir à confirmer ma première impression mais Albert a bien fait son office et les éléments s’emboite parfaitement. Je me retourne vers Emily pâle et légèrement tremblant pour lui dire :

“Je crois que c’est une Lettre de Marque.”